1/ A. Les racines du Catharisme et la Réforme
de la religion perse
Or c'est vers l'an -600 de notre ère
qu'est né le perse
Zarathoustra
qui apporta en Perse une nouvelle conception de la religion
basée sur la tolérance, le respect d'autrui, l'encouragement
du bien et la lutte contre le mal. Véritable révolution de
l'esprit de conscience et de la notion de choix moral entre : le bien et
le mal.
Il est étrange de faire le rapprochement entre le comportement de
Cyrus et celui de ses
prédécesseurs , en particulier
celui d'Astyage le dernier roi des Mèdes et fils du cruel Cyaxare
qui fut l'allié de Nabopolassar dans le massacre de la ville de Ninive
(monticules de têtes coupées devant les fortifications - cadavres
mutilés exposés aux bêtes sauvages et aux groupes de
vautours - acharnement sur les femmes et les vieillards et mise en esclavage
sans pitié des enfants en bas âge)
Cyrus est très différent, à son entrée dans Babylone,
les citadins comme les juifs exilés le considérèrent
comme leur libérateur. Les juifs
de l'époque lui donneront le titre de
Messie. Il s'y fit reconnaître
comme roi, mais n'annexa pas le pays. Il restitua à toutes les multiples
populations leurs divinités puis il permit aux juifs de rentrer
dans leur pays et de reconstruire leur grand temple.
Incontestablement on trouve en cet homme les notions de
tolérance prêchées
par Zarathousthra et surtout les arguments de foi basés sur la
lumière, la recherche du vrai , l'esprit
d'une conscience individuelle qui
changeaient l'image de ce monde cruel et trop égoïste.
Le zoroastrisme primitif ou plus communément appelé
MAZDEISME faisait la lutte aux démons
et adorait UN Dieu Supérieur. Par la suite seulement la doctrine se
diversifia en y introduisant plusieurs autres dieux, allant même
jusqu'à y inclure : Zarathousthra divinisé.
Lorsqu'on sait que les Esséniens s'appelaient les
"fils de lumière" et que Mazda
était le dieu de la lumière, comme Rê en Egypte était
l'image du soleil bienfaiteur et nourricier, il est étrange de constater
les points communs existants entre les adeptes du mazdéisme et cette
congrégation ou troisième secte juive vivant en Israël
aux temps du Baptiste ou de Jésus-Christ ! Zoroastre qui se
considérait prophète, concluait que malgré des combats
acharnés entre le bien (la lumière) et le mal
(ténèbres) en finalité c'est la lumière et la
vérité qui devaient un jour remporter la victoire.
B/ Le manichéisme
En 240 de notre ère apparaissait
la doctrine Manichéenne, du nom de son initiateur
MANI. Malgré que ce prophète
fut mis à mort par Bahrâm 1er en +
277 les notions de bien, lumière et d'éternité
sont encore accentuées : Les âmes sont prisonnières des
ténèbres de la matière et elles doivent lutter pour
retrouver leur destin d'origine, en abandonnant leur écorce qui les
emprisonne.
Mani (en grec Manès - en latin Manichaeus) aurait été
par deux fois " visité par un ange : Messager du Paradis des
lumières " qui lui a demandé de proclamer bien haut sa doctrine.
Après un pèlerinage aux Indes il revint prêcher en Iran
où les mages zoroastriens de la cour parvinrent (comme Jean Baptiste)
à le faire exécuter en prison.
Manès considérait Zoroastre, Bouddha
et " Jésus le lumineux " comme des prophètes Messagers du
Père...
C/ Autres courants spirituels :
- les kabbalistes issus du mouvement judaïque ésotérique réservé à des initiés maniant à la fois les chiffres et les lettres sacrées
- les gnostiques qui prétendent posséder une illumination totale intérieure qui libère leur (âme) esprit de la matière. Leur doctrine n'était pas assimilable à une secte, mais plutôt à une philanthropie ou conduite de vie basée sur la connaissance, la sagesse et le respect de la vie. Même l'âme la plus noire pouvait un jour à force de volonté retrouver la vie et la lumière.
- les Vaudois de Lyon - Secte dissidente de l'Eglise fondée en 1170 par Pierre Vaudès, qui fut condamnée par deux conciles (Latran 1179 et Vérone 1184) Ses disciples " les pauvres de Lyon " furent d'abord condamnés puis excommuniés et considérés comme hérétiques.
Les Vaudois étudiaient essentiellement les saintes écritures et rejetaient la messe, le culte des saints en donnant à tous les pieux laïcs, les mêmes droits et valeurs qu'aux prêtres et aux évêques. Innocent III en 1209 lança une croisade contre eux et les persécuta simultanément de la même manière que les Cathares.
En 1211 quatre vingt vaudois furent brûlés-vifs à Strasbourg. En 1487 Innocent VIII exhorta le Duc de Savoie à une nouvelle croisade. En 1532 les Vaudois s'unirent aux protestants. Mais il resterait à l'heure actuelle encore vingt mille purs Vaudois en Italie du Nord.
D/ La doctrine du Catharisme (du grec Kataros = pur)
Secte religieuse issue du manichéisme, essentiellement répandue dans le midi de la France (Béziers, Carcassonne, Albi, Toulouse...)
Les cathares se considéraient comme frères, pratiquaient la charité et cherchaient ardemment la vérité, la simplicité et la vie pure.
Leur doctrine argumentait que le diable est une créature de Dieu qui s'est révoltée, les âmes sont libres du bien et du mal. La Terre, le monde matériel et le corps des humains ont été créé par l'ange déchu qui s'efforce d'attirer par ruse les âmes du Ciel qu'il emprisonne dans une enveloppe charnelle, excepté le Christ qui n'a revêtu qu'un corps d'apparence, qui lui a été donné par un ange et la Vierge Marie, qui a pris les traits d'une femme juive.
En conséquence la croix ne doit pas être vénérée et le comportement de l'Eglise chrétienne désoeuvrée qui ne se soucie que du temporel, n'apporte point de salut aux âmes. Pour les Cathares seul l'Evangile est l' UNIQUE source de vérité et le guide du salut des âmes. Dans leur théorie l'esprit des non-élus retourne dans des corps animaux.
La mort étant pour le Cathare : la libération de l'âme, le seul sacrement qu'ils reconnaissaient s'appelait le CONSOLAMENTUM. Il correspondait à une ordination spirituelle laïque. Un postulant devait parfois attendre une à trois années pour pouvoir subir les épreuves du noviciat (deux années) à l'issue desquelles on l'intégrait dans la communauté en le revêtant de la toque et de la robe noire.
Dès lors l'homme ou la femme étaient intronisés parmi les "parfaits et les purs" acceptant de s'abstenir de tout contact charnel (comme les moines et ce même s'ils étaient mariés,) de jeûner et d'observer des lois alimentaires très strictes, régime végétarien et interdiction de consommer même du lait, des oeufs et des fromages.
C'est ainsi que nos ascétiques prêcheurs barbus s'en allaient de villes en villages porter la bonne nouvelle aux serfs et aux nobles riches pour leur enseigner les devoirs d'amour et de charité.
Si l'on sait que St François d'Assise fonda précisément en 1208 sa première communauté de compagnons franciscains avec l'approbation orale d'Innocent III on peut se demander s'il n'y a pas là une volonté de démontrer au peuple, que l'Eglise (au moment où le clergé vivait dans l'opulence) pouvait vivre plus pauvre que les cathares?
Autre point important la religion cathare admettait l'égalité des sexes, les femmes faisaient partie des assemblées et avaient droit de vote au chapitre. Même si pour des raisons de sécurité elles voyageaient rarement sur les routes infestées de brigands, elle menaient dans leurs couvent une vie partagée entre la contemplation, l'enseignement de l'Evangile et le soin aux malades, puisqu'on affirme qu'elles connaissaient les vertus des plantes et l'art de guérir. Les patrons cathares adoptaient moralement leurs apprentis et les invitaient à partager leur repas végétarien à leur table.
La pauvreté étant de rigueur un(e) parfait(e) abandonnait tous ses biens à la communauté et devait exercer un métier (souvent enseignant ou tisserand) pour aider le couvent à subvenir à ses besoins.
Les purs ne mentaient jamais et ils se considéraient comme des pacifistes, ils préféraient se laisser torturer et tuer plutôt que de se défendre contre leurs assaillants. Ils ne craignaient pas le martyr, ni la mort qu'ils considéraient comme une libération de l'âme qui retourne à Dieu.
Chaque province religieuse avait son évêque qui était assisté de deux fils spirituels : le fils majeur et le fils mineur.
Le comte de Foix, Raymond Roger permit à sa femme Philippa de recevoir le consolamentum et de diriger en 1205, la communauté des parfaites de Dun. Sa première soeur fut également reçue parmi les parfaites en son château de Fanjeaux, tandis que la seconde offrit à l'Ordre, la fameuse forteresse de Montségur. Le comte Roger II de Toulouse avait eu comme tuteur le seigneur Cathare (hérétique) de Saissac !
E / Le Christ premier exemple de tolérance
Jésus est venu nous apporter un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres = aidez votre prochain quelque soit sa religion. Par ses miracles aux étrangers, ses paraboles, son dialogue avec la femme aux cinq maris et ses avertissements formulés dans la synagogue de Nazareth, le Maître a essayé de nous faire comprendre que des étrangers et mêmes des prostituées peuvent entrer dans le Royaume des Cieux, alors que beaucoup de ministres du culte, obstinés dans leur haine et leur aveuglement seront rejetés dans les ténèbres !
Ce que le Christ explique dans une autre phrase :
- Beaucoup de prophètes surgiront et vous diront le Christ est là ou là-bas... Mais comment ferez vous la distinction entre les bons et les mauvais prophètes ?
- C'est à leur fruits que vous les reconnaîtrez (leurs actes) "un bon arbre porte de bons fruits et un mauvais arbre porte de mauvais fruits..."
2. Les premières condamnations contre les cathares
![]() |
Ce vieux seigneur fut flagellé publiquement dans la cathédrale avant de passer trois années de pénitence en Terre Sainte, pendant que les légats partageaient ses biens et rasaient son fief.
3. La mission apostolique de Saint Dominique
4. L'excommunication de Raymond VI de Toulouse
En vertu de l'accord passé avec la papauté, le comte céda aux deux légats apostoliques sept de ses châteaux de Provence. Puis il fut décidé que la cérémonie de réconciliation aurait lieu en public dans la cathédrale de Saint Gilles de Toulouse, berceau de la dynastie.
| Accès à la carte des principaux fiefs du Catharisme en France |
5. La première croisade contre les cathares
6. Le sac de Béziers
Le 21 Juillet 1209 l'armée
croisée arriva devant Béziers et y planta son campement. Renaud
de Montpeyroux, l'évêque de la Cité, sorti pour essayer
de négocier avant l'affrontement. Mais Amaury le chargea de porter
un véritable ultimatum aux catholiques assiégés, qui
devaient immédiatement livrer les 222
hérétiques cathares ou vaudois inscrits sur une
liste (écrite par l'évêque lui-même) ou bien quitter
la ville en y abandonnant les hérétiques, sinon le père
général des Cisterciens menaçait
tous les chrétiens de subir le
même sort qu'eux !
L'évêque et quelques catholiques sortirent, mais beaucoup de
prêtres préférèrent rester avec leur paroissiens.
Le lendemain fête de Sainte Marie Madeleine, des biterrois sortirent
pour lancer quelques flèches sur les assiégeants entrain
d'installer leur tentes, mais la riposte fut foudroyante : par une porte
restée ouverte des chevaliers croisés pénétrèrent
dans la ville et ce fut le début d'un immense
carnage.
![]() Le sac de Béziers peint par notre ami Philippe Orsero |
Insensibles aux exhortations des prêtres les croisés se
ruèrent dans les rues, dévalisant tout ce qu'il pouvaient emporter,
tuant tout ce qui bougeait : enfants, femmes, vieillards qui essayaient de
s'enfuir pendant que les hommes essayaient d'endiguer la marée de
sauvages sans foi, ni lois.
On dit que mille personnes essayèrent de trouver asile dans l'Eglise
de Ste Marie Madeleine. Piétinant le sacré Droit d'asile, tous
y compris les prêtres catholiques furent massacrés,
égorgés, éventrés.
Puis le feu qu'on avait allumé dans les ruelles étroites se
propagea aux palais, aux églises et même à la
cathédrale.
Pendant qu'Amauric rendait grâce à Dieu pour une victoire si facile, les barons se reposèrent trois jours, tandis que des milliers de cadavres s'entassaient devant les ruines des églises. Vingt cinq mille personnes moururent en une journée tandis que de rares survivants agonisèrent des journées entières privés d'eau et de soins. Selon le témoignage d'un moine allemand, (Césaire d'Heisterbach) Arnaud Amaury avait hurlé avant le massacre : Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !
7. La deuxième armée de croisés - dite du Quercy
Avant même l'arrivée de la première armée des croisés du Nord devant Béziers, une deuxième armée s'était formée autour de l'archevêque de Bordeaux. A Casseneuil près de Villeneuve sur Lot, on avait déjà érigé le premier bûcher de la croisade et brûlé vivants de nombreux hérétiques avec leur famille. Sous la conduite de l'évêque du Puy, une troisième armée vint de l'Ardèche et se joignit à celle de Bordeaux lors du siège de Casseneuil. Ensembles ces deux armées avaient détruit Gontaud, pillé Tonneins, rançonné St Antonin et Caussade... La terreur régnait dans tout le pays et les communautés de parfaits et les habitants fuyaient avant de mettre le feu à leurs villes.
8. La mort de Raymond Trencavel
En six jours les croisés occupèrent
près de cent châteaux et atteignirent rapidement
Carcassonne puisque tous les habitants fuyaient avant leur arrivée
ou envoyaient leurs prélats et nobles pour prêter serment aux
envahisseurs. Les premiers faubourgs tombèrent le 3 Août et
les croisés eurent même la possibilité de couper l'eau
en plein été au reste de la population. Le 4 Août
le roi d'Aragon entra dans le camp des
croisés et essaya de plaider la cause du
jeune Raymond Vicomte de Trencavel,
âgé de vingt quatre ans seulement.
Le sinistre Amaury l'autorisa à
partir mais seulement avec onze chevaliers et à la condition d'abandonner
derrière lui tous ses biens aux croisés. Le courageux
vicomte refusa l'offre et
le roi Pierre II retourna très
attristé à Saragosse.
Les faubourgs de Carcassonne étaient tous tombés, le bétail
mourait de soif et de terribles épidémies faisaient des ravages
dans la population. Un soir un chevalier que l'on disait parent du vicomte
lui proposa de le suivre pour parlementer avec les barons, c'est (avait-il
dit) pour éviter que Carcassonne subisse le même sort que
Béziers ! Raymond de Trencavel le suivit et à peine arrivé
au camp des croisés il fut jeté en
prison.
Les habitants du centre ville de Carcassonne eurent la vie sauve, ils purent
quitter la ville en abandonnant tous leurs biens aux pillards qui attendaient
pour écumer la ville. Quant au
vicomte il fut transféré dans une oubliette de son château
où il serait mort assassiné sur l'ordre
de Simon de Montfort qui était devenu entre-temps avec
l'aide d'Amaury : le nouveau vicomte de Béziers
et Carcassonne.
9. L'avènement de Simon IV de Montfort
Les Montfort contrôlaient dès le Xè Siècle la
route de Paris à Dreux, l'un d'eux devint évêque de Paris
tandis que sa soeur Bertrade déjà mariée au comte Foulques
d'Anjou devenait la maîtresse du roi Philippe 1er.
Amaury III de Montfort, le grand-père de Simon, lutta
alternativement contre le roi de France et le Duc de Normandie. Son père
SIMON-III avait épousé la comtesse de Leicester. Mais Simon
IV ayant opté pour le parti français en épousant une
fille des Montmorency (premiers barons du royaume de France) Jean sans Terre
lui confisqua ses domaines. Il vint alors s'établir dans son comté
situé dans la partie occidentale de l'Ile de France, où la
vie devint plus tranquille à partir du moment où Philippe Auguste
avait annexé la Normandie.
Simon IV aurait refusé de participer
à la quatrième croisade de 1204 qui devait aboutir au sac de
Constantinople et il préféra partir avec quelques fidèles
compagnons pour la Terre Sainte où son énergie l'aurait couvert
de gloires (?) ce qui fut très apprécié par l'abbé
de Cîteaux qui s'en rappela lors de la mobilisation contre les
hérétiques où il n'eut à intervenir réellement
que pour la prise des faubourgs de Carcassonne.
Après avoir distribué quelques châteaux à ses
chevaliers, Simon voyait déjà une de ses filles épouser
le fils du Comte de Toulouse âgé de douze ans et devenir le
maître de la région. Pour l'instant Raymond VI ne protesta pas
à l'idée de ce mariage, qui s'il s'était
réalisé, aurait dérangé les plans de l'abbé
de Cîteaux.
La plupart des croisés s'en retournèrent chez eux, tandis qu'on
laissa sur place une petite armée d'environ 5 000 hommes chargés
de poursuivre les hérétiques qui s'étaient enfuis de
Fanjeaux et de Montréal pour se retrancher maintenant dans
la citadelle de Montségur, un
pic fortifié au sommet d'une montagne.
![]() |
Comme la ville de Castres offrait à
Simon sa soumission, il s'y rendit immédiatement. Arrivé au
Château on lui présenta un parfait et son novice. Le parfait
n'abjura point mais le jeune homme se montra prêt à abjurer
la secte. Simon ordonna de les brûler tous
deux en disant que si Dieu le voulait les flammes épargneraient
le plus jeune. On les attacha au même poteau, les flammes consumèrent
le parfait mais ne brûlèrent que les liens du jeune homme et
le bout de ses doigts. 0n cria au miracle, mais il n'empêche que Simon
avait soumis au bûcher un converti, ce que l'Eglise interdit formellement.
Après un échec devant les fortifications de Cabaret, les
bourguignons quittèrent Simon qui resta seul avec une trentaine de
chevaliers et une bande de routiers d'environ deux mille hommes.
C'est ce moment que choisit le comte Raymond Roger
de Foix pour casser son accord avec les croisés et reprendre
Preixan et punir les bourgeois de Pamiers
qu'il fit emprisonner dans son donjon de Foix.
Simon fit détruire plusieurs châteaux appartenant à Guiraud de Pépieux qui s'était soulevé contre lui, alors Guiraud fit crever les yeux, arracher les oreilles, le nez et la lèvre supérieure à deux chevaliers de Simon qu'il avait fait prisonnier et les abandonna en pleine campagne. L'un mourut de froid, le second fut amené chez Simon à Carcassonne par un paysan ! La résistance s'organisait, la population s'était révoltée dans de nombreuses places et en quelques mois Simon venait de perdre six de ses meilleurs chevaliers ...
10. La nouvelle condamnation du comte Raymond VI de Toulouse
Amaury avait décidé de reprendre les choses en mains et avec
l'accord de Simon envoya une délégation au comte de Toulouse
pour le sommer de remettre aux mains de l'Eglise l'ensemble des
hérétiques qui s'étaient enfuis de son comté.
Le comte et les consuls de Toulouse refusèrent d'obéir
prétextant qu'il n'y avait plus un seul hérétique à
Toulouse. Arnaud Amaury excommunia immédiatement
les consuls et jeta l'interdit sur la ville, ce dont il informa
les membres du concile qui se tenait alors à Avignon. Le légat
Milon avertit également Innocent III que le comte avait transgressé
les quinze articles de sa soumission et qu'il avait dû
le
re-excommunier.
Très outré Raymond VI se rendit avec
les consuls au Vatican afin de protester de sa bonne foi devant
le pape. Malgré la promesse du comte de faire tout ce qui est en son
pouvoir pour respecter les engagements prononcés en la cathédrale
de St Gilles, le pape lui promit que l'occasion de se justifier devant un
concile lui serait laissée.
Février 1210,
Innocent III écrivit à
son légat Amaury qu'il fallait absoudre les
consuls et lever l'interdit jeté sur Toulouse, mais si
des accusateurs arrivaient à reconnaître la culpabilité
du comte dans l'affaire de l'assassinat de Pierre de Castelnau, le concile
avait le droit de condamner une seconde fois le comte de Toulouse.
En ce début d'année une ligue intitulée
"la confrérie blanche" s'était
constituée à Toulouse sous le haut patronage de Foulques
l'évêque de la ville, ces miliciens de la foi portaient une
grande croix cousue sur leurs vêtements et pourchassaient les
hérétiques et les usuriers en les faisant comparaître
devant le tribunal de l'évêque qui les condamnait à de
lourdes amendes. Ceux qui refusaient de payer risquaient de voir leur maisons
saccagées et pillées.
Par opposition les amis du comte formèrent une autre confrérie
qui prit le nom de "confrérie
noire", et il n'était pas rare de voir des combats entre
les deux clans à toute heure du jour ou de la nuit.
Au mois de Juin, Simon décida de s'attaquer aux fiefs imprenables
du catharisme. Il mit le siège devant Minerve
et après avoir emporté la
place immola cent quarante Parfaits sur le
bûcher. Pendant ce temps le comte de Toulouse était
excommunié pour la
troisième fois par une
délégation de légats guidée par Amaury.
En février 1211, TOUS les légats
de France, réunis à Montpellier décidèrent d'obliger
Raymond de Toulouse à respecter une charte dont les conditions
étaient impossibles à remplir :
- tous juifs et hérétiques
du comté devaient être remis à l'Eglise dans
un délai maximum d'un an. Le comte et ses chevaliers ne devaient plus
se revêtir que de la cape brune des
pénitents, puis ils avaient
obligation de détruire leurs châteaux
et de partir pour la Terre Sainte aussi longtemps qu'il plairait
aux légats !...
Arnaud Amaury apporta cet acte en personne au comte qui attendait dehors
dans le froid de l'hiver en compagnie du roi d'Aragon.
Indigné le comte retourna immédiatement à Toulouse et
ordonna de faire publier l'acte honteux à travers tout le comté.
Dès qu'ils furent informés que leur acte avait été
rendu publique, les légats offusqués prononcèrent la
quatrième excommunication du comte,
accompagnée des mesures jetant " l'Interdit
" sur ses terres ...
La guerre était désormais inévitable ! De toute urgence
le comte demanda l'aide de ses vassaux de l'albigeois, du Béarn ainsi
que celle des comtés de Comminges et de Foix et du sénéchal
d'Agen : Hugues d'Alfaro, son gendre. Tous répondirent à l'appel.
Raymond VI avait également un
frère nommé Baudouin de
Toulouse, que sa mère Constance, soeur du roi, avait
emmené avec elle à la cour de son frère Louis VI, pour
se soustraire aux mauvais traitements de son époux le comte : Raymond
V. Revenu à vingt ans au pays, Raymond et Baudouin ne s'aimaient
guère, toutefois Raymond confia à son jeune frère Baudouin,
le commandement d'un avant-poste (Montferrand) afin de mieux protéger
Toulouse contre les attaques des croisés.
11. Les batailles de Toulouse et de Muret
De son côté Simon de Montfort ayant reçu les renforts attendus de son comté avait décidé d'intensifier la répression :
12. L'avènement du pape Honorius III (1216) et de Louis VIII (1223)
|
| Saint Sernin
est considéré comme le premier évêque de Toulouse,
ville où il serait mort martyr au IIIè siècle.
La basilique romane construite
au IXè siècle lui fut dédiée et elle resta
|
13. Le prétendu traité de Meaux (Seine et Marne)
Immédiatement la régente Blanche de Castille dû faire face à la révolte des Grands féodaux menée par Thibaud IV comte de Champagne qui déposa les armes l'année suivante et présenta sa soumission à la régente. La régente donna alors les pleins pouvoirs au Sénéchal Humbert de Beaujeu pour ramener l'ordre dans le sud de la France. Celui-ci assiège immédiatement le château de Labécède, le prend et y fait brûler tous les hérétiques.
En 1228 les armées royales
s'approchent des faubourgs de Toulouse pour y détruire toutes
les maisons et les récoltes. Le jeune Raymond VII accepte de signer
le prétendu Traité de Meaux inspiré par le Cardinal
de St Ange.
Les conditions de ce traité étaient à nouveau inacceptables
:
- abandon des domaines de Trencavel, Razès, Carcassonne, et Albi,
- abandon de neuf forteresses,
- restitution des biens pris aux croisés,
- démantèlement de trente places fortifiées,
- remettre en otage à la régente, Jeanne de Toulouse, fille
du comte Raymond VII désignée comme unique héritière
et devant servir de caution contre toute tentative de rébellion avant
son mariage forcé avec Alphonse II de France, comte de Poitiers et
frère de Louis IX.
A la mort de Jeanne en 1243 Alphonse hérita donc du comté de
Toulouse et l'annexa à la couronne de France..
Pire qu'un piège, le comte était tombé dans un
véritable guet-apens car la pieuse
souveraine avait simultanément convoqué un concile
ou plutôt un tribunal ecclésiastique ainsi qu'un tribunal
laïque chargé de contraindre le comte à accepter toutes
les volontés de la reine et de l'Eglise ainsi que sa propre mise en
captivité provisoire, liée au traité.
Le jeune comte signa donc ce traité qui livrait non seulement toutes
ses terres à la France, mais l'obligeaient à demander en plus
le pardon de l'Eglise. C'est donc en la grande cathédrale de Notre
Dame de Paris (presque achevée) que le 12 Avril
1229 devant la Régente Blanche,
le jeune roi, les princes, les nombreux évêques et abbés
des couvents de France réunis, que le pauvre Raymond subit la même
humiliation que son père en la cathédrale Saint Gilles de Toulouse.
Après avoir été flagellé
torse nu, il dut implorer le pardon de l'Eglise que consentait
à lui donner le cardinal de Saint-Ange et pendant qu'on garda
enfermé Raymond VII durant six mois dans une tour du Louvre, les
émissaires de la Régente prenaient possession de leurs nouveaux
domaines et faisaient abattre toutes les murailles de Toulouse en chassant
sans ménagement de leur château l'épouse et la
belle-mère du comte (toutes deux infantes d'Aragon !)
La petite princesse Jeanne fut emmenée à Paris, pendant que les plus grands seigneurs du sud de la France durent prêter serment de fidélité au roi de France et rendre hommage à la régente. Désormais l'Eglise avait tous pouvoirs pour poursuivre et brûler les hérétiques qui ne se plieraient pas à ses volontés.
14. La fin de l'épopée cathare
Forteresse de Montségur