• Petit-fils de Saint Louis, le futur Philippe IV est né à Fontainebleau en 1268. Un an avant la mort de son prédécesseur. Philippe épousa Jeanne de Navarre âgée de onze ans et fille d'Henri II de Champagne et roi de Navarre ce qui apporta au royaume ces deux régions. Sur les six enfants qui naîtront du couple, les quatre survivants seront tous rois ou reine :


    Philippe Le Bel.
    Miniature du XIVe siècle
    (détail)

     

    • Louis né en 1289 sera roi de France et de Navarre sous le nom de Louis le Hutin.
    • Philippe né en 1293 sera le futur Philippe V le long
    • Charles né en 1294 deviendra Charles IV le Bel
    • Isabelle deviendra reine d'Angleterre en épousant Edouard II

  • 1289 - Philippe achète le Quercy aux anglais contre une rente de 3 000 livres et réunit à la couronne en 1302 les comtés de la Marche et d'Angoulême ainsi que de nombreuses villes dans le Nord ou le Sud de la France.
    Toujours à court d'argent, la rançon de son grand-père (Louis IX) avait coûté fort cher au royaume, mais cela n'empêcha pas Philippe d'avoir une cour somptueuse. Philippe fit alors frapper des monnaies avec peu de teneur en or, puis il confisqua des biens aux banquiers lombards et s'attaqua aux juifs pour les déposséder de leur fortune personnelle.
    Dans un désir de paix le roi anglais Edouard 1er avait permis une occupation temporaire de l'armée française en Guyenne, Philippe ne se contenta pas d'annexer ces territoires conquis sans pertes humaines, mais il envoya Charles et Robert de Valois agrandir les conquêtes pour finir par occuper tout le territoire.

  • 1297 - Après que les anglais, alliés aux flamants eurent perdu la bataille contre les français, Philippe proposa aux anglais la signature d'un traité de paix conclut à Paris en 1303 qui prévoyait la restitution de la Guyenne aux anglais, Edouard accepta d'épouser Marguerite la soeur de Philippe le Bel et s'engagea de marier Isabelle la fille de Philippe le Bel, avec son fils Edouard II.

  • 1302 - La France ayant essayé d'annexer les Flandres pendant la trêve conclue avec les anglais, l'armée française se fit battre et massacrer à Courtrai par les flamants de Belgique qui envahirent l'Artois. Après une courte trêve Philippe obtint en 1304 une modeste victoire à Mons-en-Pévèle, puis un an après l'annexion de Lille au royaume par la signature du traité d'Athis-sur-Orge.

     
    Conflit de Philippe le Bel avec la papauté

     

  • 1294 - A la suite d'un conclave difficile tenu à Viterbe en Juillet 1294, les cardinaux présents élurent l'ermite CELESTIN-V (79 ans ) qui fut canonisé par la suite mais qui commit tant d'erreurs qu'il dû démissionner au bout de cinq mois. Boniface VIII, un noble originaire d'Agnani lui succéda, or. malgré que ce cardinal avait été longtemps légat du St Siège en France une querelle éclata rapidement entre Boniface et Philippe le Bel.

  • 1296 - Philippe toujours à court d'argent réclama des subventions au clergé, immédiatement Boniface VIII excommunia Philippe qui répliqua en privant le pape de tout l'argent en provenance de France. Boniface fit marche arrière et pour se concilier les grâces de Philippe canonisa son grand-père LOUIS IX, mais simultanément Boniface fit arrêter les cardinaux et les évêques de France qu'il soupçonnait de trahison et confisqua leurs biens. Ceux-ci s'évadèrent et se réfugièrent en France près de Narbonne et pour se venger du pape excitèrent Bernard SAISSET, évêque de Pamiers à se révolter contre le roi.

    Philippe fit emprisonner l'évêque de Pamiers et demanda au pape la destitution du prélat. Devant le refus de Philippe de libérer le prélat, Boniface convoqua à Rome tous les prélats de France, tandis que Philippe convoqua en 1302 les premiers Etats Généraux du royaume en la cathédrale Notre Dame de Paris. Les représentants du peuple votèrent une motion qui déclinait au pape tout droit d'ingérence dans les affaires intérieures du pays et toutes perceptions de droits fiscaux sans l'autorisation royale. Philippe fut excommunié pour la seconde fois.

  • 1302 - Philippe accepta très mal cette punition qui venait peu après la défaite de l'armée française à Courtrai. Sous la couverture de son chancelier Guillaume de Nogaret des lettres diffamantes où le pape fut accusé de tous les crimes, y compris celui de Sodomie, furent envoyées à toutes les cours d'Europe et surtout répandues en France.
    Puis Philippe décida d'employer la manière forte, en envoyant Guillaume Nogaret muni de lettres royales avec une bonne escouade afin de ramener le pape en France et de le faire juger par un concile.

  • 1303 - Avec l'appui d'une partie de la noblesse italienne, dont Sciarra Colonna, la famille rivale des Agnani, Nogaret investit la ville d'Agnani avec ses 800 hommes. Devant l'envahisseur les gardes pontificaux préfèrent la fuite. L'entrevue fut foudroyante, l'homme de 68 ans aux cheveux blancs représentant de Pierre, fut accablé d'injures et comme il parlait de la justice divine, il reçut un soufflet de Sciarra. Nogaret s'interposa pour empêcher le bouillant italien de tuer le pape qui fut gardé à vue dans son palais puis libéré le lendemain par la population aidée de 400 cavaliers venus de Rome. Blanc comme un linge et profondément choqué, le vieux noble avala l'insulte et regagna Rome, mais décéda un mois après.

  • 1303 - Le 22 octobre, soit onze jours après la mort de Boniface, l'un des deux cardinaux molestés par Nogaret à Agnani sera élu pape et prit le nom de Benoît XI. C'était un homme pacifique qui immédiatement leva l'excommunication et envoya de bonnes propositions à Philippe qui considéra ces ouvertures comme des actes de faiblesse. Nogaret en profita pour exiger du nouveau pape l'ouverture d'un procès posthume de destitution morale de son prédécesseur ! Le destin vint au secours de l'infortuné pape, puisqu'il mourut huit mois après son élection et fut même, ultérieurement, déclaré Bienheureux.

  • 1305 - Le conclave qui devait désigner le successeur dura un an ! Finalement sous la pression des cardinaux français le cardinal Bertrand de Got fut élu et prit le nom de CLEMENT V le 15 juin. Il ouvrait ainsi un cycle de papauté française qui allait durer sept pontificats successifs. On le disait très attaché à la mémoire de Boniface VIII et un bon ami du roi de France. Ce choix devait en somme réconcilier l'Eglise et le royaume de France.
    Est-ce sur l'influence de Philippe et Nogaret ou est-ce réellement à cause de la guerre que se livraient deux familles rivales de Rome : les ORSINI (clans des guelfes) et les COLONNA (clans des gibelins) que CLEMENT V décida subitement de transférer la résidence des papes à AVIGNON ?

    Toujours est-il que le nouveau Pape se fit couronner à Lyon le 14 Novembre, puis après quelques séjours passés à Bordeaux il séjourne à l'abbaye St Martin de Liguré, puis à Poitiers. En 1307 Clément V décida enfin de son installation dans le Comtat Venaissin propriété du Saint-Siège depuis 1229.

     
    L'affaire des templiers

     
    On sait que le roi Philippe avait besoin d'argent et qu'il ne s'embêtait pas de principes sur les moyens de s'en procurer... même s'il s'entoura de trois grands spécialistes du droit romain comme Pierre Flote et Enguerrand de Marigny, c'est sa troisième éminence grise Guillaume Nogaret qui conçu ce qu'on appela l'affaire des templiers.

    La fortune des templiers, ordre né au temps des Croisades d'Orient était immense et même au temps de Louis IX ils étaient le principal banquier du royaume et la première fortune de France, car c'est eux qui avancèrent sur quatre années l'énorme rançon de 400.000 livres d'or exigés pour libérer le roi de France LOUIS IX.
    Leur nom de templiers venait-il de gardien du temple de Jérusalem confié aux chevaliers lors des croisades, ou est-il lié au quartier du Temple de Paris, où se trouvait leur siège ?

    Toujours est-il que l'organisation des templiers était bien renseignée, car ils avouèrent beaucoup de choses sous la torture, même des abominations qu'ils  n'ont probablement pas commis... Mais jamais, un seul de leur membre n'avoua où était caché leur énorme TRESOR, que personne n'a jamais retrouvé !

    Il est fort probable que nos violents et impulsifs compères Philippe et Nogaret auraient probablement usé de clémence si comme pour les juifs et les lombards ils auraient pu s'approprier leur argent, car ils n'auraient pu à la fois les brûler et les dépouiller de leurs biens devant l'opinion publique. Or c'est justement à cause de la rage d'avoir été devancé et d'avoir vu leur plan déjoué qu'ils pousseront jusqu'au meurtre l'assouvissement de leur vengeance.

  • 1307 - Le 13 octobre à la même heure, Philippe le bel ordonne l'arrestation immédiate et l'emprisonnement des Templiers de tout le royaume dans le plus grand secret. Et pourtant le grand Maître du Temple avait la veille au soir ordonné de déménager toutes les archives et tous les biens précieux. Il ne restait plus que quelques sommes monétaires en cours à saisir .
    Quand Philippe et Nogaret se présentèrent au temple de Paris à la première heure après le passage de leur police, ils ne trouvèrent rien d'autre que la règle du Temple rédigée par St Bernard, avec quelques livres de piété et plusieurs livres comptables sans intérêt. Leur complot avait eut des fuites !
    Leur colère fut terrible et elle se concrétisa dans le simulacre de procès orchestré par l'inquisition où pour une fois Philippe était heureux de faire endosser à l'Eglise ses sentiments mélangés de haine, de dépit et de cruauté.

  • 1307 - L'enquête et la parodie de justice commença le 24 Octobre devant le tribunal de l'Inquisition de Paris présidé par l'inquisiteur Guillaume de Paris. Le jugement final n'aboutira que le 18 mars 1314 !
    Que leur reprocha-t-on ? La plupart des griefs qu'on porta également au vieux pape, orgies, sodomie, blasphèmes et crachats sur Jésus et sa croix ...
    207 frères reconnurent (sous la torture) d'avoir renié Jésus, mais alors pourquoi Saint Bernard leur avait-il confectionné leur règle ? A quoi leur servait-elle si leur couvent n'était qu'un lieu de débauches et de mépris vis à vis du Christ ? Pourquoi les précédentes générations de légionnaires du Christ sont-elles restées en Palestine au mépris de leur vie puisque la plupart d'entre eux ne sont pas revenus ?
    Certes comme de nombreux croisés, beaucoup de ces soldats du Christ étaient une famille de légionnaires issue de divers milieux ou pays qui s'étaient unis pour fonder une confédération de moines-soldats qui à l'exemple d'autres croisés ou seigneurs ont fait la guerre aux musulmans et se sont partagés leur butin, quand ils n'attaquaient pas des caravanes.
    Comme Jeanne d'Arc, les templiers s'accusèrent pour avoir la vie sauve, mais se rétractèrent en voyant que leurs aveux ne les menaient à rien sinon tout droit au bûcher et refirent leur déclaration de foi en proclamant bien haut, la sainteté de leur Ordre.
    Même si le pape français protesta mollement contre l'arrestation des templiers, il soutint ses inquisiteurs et convoqua le 15è concile oecuménique de Vienne (en Gaule) qui estima que " l'Eglise n'avait plus besoin de gardiens-templiers " en Terre Sainte puisque celle-ci était devenue musulmane, et que d'autre part, la suppression de l'Ordre était conforme aux intérêts actuels de l'Eglise ! Ce Jugement fut confirmé par le pape.

    Nogaret étant mort en 1313, le 18 mars 1314 Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay furent brûlés-vifs sur le parvis de Notre Dame de Paris. Mais avant de mourir Jacques de Molay, le Grand Maître de l'Ordre leur annonça cette terrible prédiction :

    - Avant la fin de cette année,  Philippe et Clément vous devrez comparaître tous deux devant le Tribunal de Dieu.

    Quarante jours plus tard Clément V tomba malade et mourut, tandis que le roi Philippe le Bel mourut le 29 novembre 1314 des suites d'une blessure à la chasse ! S'agit 'il d'un empoisonnement, doublé d'un assassinat ou d'une véritable prédiction du Grand Maître des Templiers avant de mourir ? Le mystère reste entier.