Poésies anciennes : XVI - XVIIè siècle

 

1.   La Rose  (Pierre de Ronsard : 1524 - 1585)

 

      Mignonne, allons voir si la rose
      Qui ce matin avait éclose
      Sa robe de pourpre au soleil
      A point perdu cette vêprée
      Les plis de sa robe pourprée
      Et son teint au vôtre pareil.

 
      Las ! voyez comme en peu d'espace,    
      Mignonne, elle a dessus la place,
      Las, las ! ses beautés laissé choir !
      O vraiment marâtre Nature
      Puisqu'une telle fleur ne dure
      Que du matin jusque au soir !

 
      Donc si vous me croyez, mignonne,
      Tandis que votre âge fleuronne
      En sa plus verte nouveauté,
      Cueillez, cueillez votre jeunesse :
      Comme à cette fleur la vieillesse
      Fera ternir votre beauté.

                                (Odes 1,17)

 
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2.  Les regrets   (Joachim du Bellay : 1522 -1560) 

 

Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage
Ou comme celui-là qui conquit la toison
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 
Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village
Fumer la cheminée , et en quelle saison,
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage ?

 
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

 
Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin, la douceur angevine.

 

Le Château de la Loire d'Azay-le-Rideau - XVIè Siècle

 

3.  Condoléances à Monsieur Du Perier  (François de Malherbe)

 

Mais elle était du monde où les plus belles choses
     Ont le pire destin,
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
     L'espace d'un matin.
Puis quand ainsi serait que selon ta prière,
     Elle aurait obtenu
D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière
     Qu'en fut-il advenu ?
C'est bien je le confesse, une juste coutume,
     Que le coeur affligé
Par le canal des yeux vidant son amertume
     Chercher d'être allégé
La mort a des rigueurs à nulle autre pareille
     On a beau la prier,
La cruelle qu'elle est, se bouche les oreilles
     Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
     Est sujet à ses lois
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
     N'en défend point nos rois.
De murmurer contre elle et perdre patience
     Il est mal à propos
Vouloir ce que Dieu est la seule science
     Qui nous mette en repos.

 
4.  SUR  PARIS   (Paul Scarron : 1610 - 1660)
Scaron fut le 1er mari de Françoise d'Aubigné (Mme de Maintenon)

 

Un amas confus de maisons
Des crottes dans toutes les rues
Ponts, églises, palais, prisons
Boutiques bien ou mal pourvues,

 
Force gens noirs, blancs, roux, grisons,
Des prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons
Des gens de plume aux mains crochues,

 
Maint poudré qui n'a point d'argent,
Maint d'homme qui craint le sergent,            
Maint fanfaron qui toujours tremble,
Pages, laquais, voleurs de nuit
Carrosses, chevaux et grand bruit,
C’est là : PARIS ! Que vous en semble ?

 
 
Plan de Paris du XVIIè Siècle

 
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