POEMES SUR LES 4 SAISONS

II.  L'automne et l'hiver

 

 46.  Le ciel est par dessus le toit
 

    1.
Le ciel est par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme,

 

    2.
La cloche dans le ciel qu'on voit
Doucement tinte
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.

 

    3.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là -            
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là Dis,
Vient de la ville.
    4.
Qu'as tu fais, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Qu'as-tu fait, toi que voilà
De ta jeunesse ?

(Paul Verlaine - Sagesse, vers écrits en prison)

 

 

47.  Rêves d'Automne - (Alphonse de Lamartine)

 

Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

 
Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encore, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !

  
Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

 
Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui
Je me retourne encore et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !

 
Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ?
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme et m'aurait répondu ? ...

 
La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyr ;
A la vie, au soleil, ce sont là mes adieux ;
Moi, je meurs et mon âme au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

(Méditations poétiques) 
 

 

48.  Couleurs d'Automne

 

Arbres remplis de fruits qu'en cette saison la nature
Nous donne généreusement !
Gaieté dans les vignes où les raisins bien mûrs
Sont cueillis en chantant.
Premiers brouillards et champignons cachés des bois
Nonnettes voilées, bolets bais...
Sous les noyers les enfants cherchent les dernières noix
Que le vent fait tomber.
Dans un grand champ un percheron retourne la terre
En fumant des nasaux
Pendant qu'une volée d'oiseaux se battent à l'arrière
Pour quelques vermisseaux !
De temps à autre, des aboiements cassent le silence
Mêlés de coups de feu ...
Cache-toi petite biche des chasseurs sans clémence,
Si tu veux vivre heureuse,
Dans les sous-bois colorés et les arbres chargés
D'or, de feu et d'argent.
Tes amis les cerfs se battent comme des enragés,
Pour toi, jeune et charmante !
Pourtant chaque soir le soleil rétrécit sa course
En voyageur pressé.
Et chaque nuit : la Petit' Ours se colle à la Grand' Ours
Sans jamais renoncer !
Premiers cheveux blancs qu'on voit dans un miroir
Dès l'automne de l'âge,
Derniers vols d'hirondelles qui sentent venir le froid
Et partent vers les plages...
C'est la rentrée, les marrons sont tombés ; les feuilles
Voltigent au vent du Nord
L'enfant tout joyeux saute, les poursuit et les cueille
En sortant de l'école,
Et des plus belles couleurs, il s'en remplit les mains,
Puis les porte à sa mère,
Qui pour ne pas décevoir, garde précieusement :
Ce trésor éphémère

(Jean-Claude Brinette)

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Animation : Couleurs d'Automne
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L'automne : ses feuilles mortes, ses fruits, ses vendanges, ses champignons...
Avant de se mettre à nu, la nature se revêt de pourpre, d'or et d'argent...

 

49.  Chant d'Automne   (Charles Baudelaire)

 

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
Tout l'hiver va entrer dans mon être : colère
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

 
J'aime de vos longs cheveux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

 
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! Soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur soyez la douce éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

 
Courte tâche ! La tombe attend, elle est avide !
Ah ! laissez-moi mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !

(Les Fleurs du mal)

 

50.  Les sanglots de l'Automne  -  (Paul Verlaine)

 

Les sanglots longs        
Des violons
De l'automne

 
Blessent mon coeur        
D'une langueur
Monotone

 
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure

 
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m 'emporte
De-ci, de-là,
Pareil à la
Feuille morte.

(Poèmes saturniens)

 
 
Les cèpes d'Automne

 

51.  Automne malade -  (Guillaume Apollinaire)

 

             Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé dans les vergers
Pauvre automne ! Meures en blancheur
Et en richesse de neige et fruits mûrs.

 
Aux lisières lointaines, les cerfs ont bramé
Et que j'aime ô saison, que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant, sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille

 
             Les feuilles qu'on foule,
             Un train qui roule
             La vie s'écoule...

(Alcools)

 

 

52.   L'HIVER...   (Les 4 saisons, suite)

 

Une nuit, la terre s'est endormie,
Sous un manteau de neige tombée à gros flocons :
Prés, chemins, maisons... sont blanchis
D'un grand tapis moelleux qui s'étend jusqu'aux monts.
Tous les canaux sont pris de glace
Et les enfants joyeux se mettent à patiner.
Parfois on aperçoit des traces
Creusées dans la neige fraîche : des pas de sangliers,
De leur excellent odorat
Sous la neige épaisse, ils cherchent avec leur groin
Châtaignes et glands, rien n'échappera...
Car en janvier : la laie met bas ses marcassins.
Jamais elle ne s'éloigne et veille
Sur son nid de branches, caché, appelé chaudron,
Là ses "petits rayés " sommeillent,
Blottis l'un contre l'autre, attendant les mamelons.
Certains chevreuils tentent une sortie
Pour glaner dans les champs les restes des cultures,
Et l'on entend au loin glapir
Un couple de renards, insouciants dans leur rut.
Essoufflés d'avoir tant couru,
Les gosses rentrent à la maison près du feu de bois.
Le soir, ils s'amusent les doigts nus,
Sur les vitres givrées, à pousser les étoiles.

 (Jean-Claude Brinette)

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Animation : L'hiver
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